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Le 11ème – Paris frappé au cœur [traduction de la version originale allemande]

Blog post   •   Dec 10, 2015 13:43 GMT

Après les attentats de vendredi, le 13 novembre, on entend partout que Paris était "frappé au cœur". "Encore le 11ème", disent ses habitants. Comme en janvier, l'épicentre des attentats se situe dans le 11ème arrondissement de Paris. Pourquoi bât le cœur de la capitale dans le 11ème? Suivez-nous sur les traces de ce cœur parisien.

Le 11ème – le quartier des bobos et des étudiants

Le 11ème arrondissement se trouve dans l'est/ nord-est parisien. Des artistes, des étudiants, des employés, des freelancers et des clochards y coexistent paisiblement. Il s'est développé d'un quartier populaire à un quartier "bobo" . "Bobo" est l'abréviation pour bohémien bourgeois et désigne des personnes du domaine culturel qui se targuent d'un mode de vie avant-gardiste mais qui font depuis longtemps partie de la classe moyenne.

Le 11ème n'est pas le plus beau quartier de Paris, mais il est peut-être le plus vif avec ses nombreux marchés aux puces, cafés et brasseries. Après le travail, on y dîne dans un de nombreux restaurants ou bistrots : chinois, marocain ou afghan, on trouvera sûrement un restaurant à notre goût ou de quoi faire une nouvelle découverte ! Ici, les étudiants et d'autres jeunes fêtards sortent sur la fameuse rue Oberkampf. En été, des hipsters, bobos et de plus en plus de touristes s’assoient au bord du canal Saint Martin, boivent de la bière en canette et jouent de la guitare. Ici, on danse dans un club alternatif tel que le Conseil Général ou le Nouveau Casino. Si on se rend de la rue Oberkampf à la place de la Bastille, on passe par une salle de concert très colorée et conviviale, le Bataclan. En attendant le début d'un spectacle, on peut y prendre un verre de rouge sur la terrasse. Parfois, on peut y voir une longue queue de futurs spectateurs quand des artistes d’envergure internationale y donnent un concert. Le public est mélangé de Parisiens et Provinciaux. Il est plutôt jeune ; on y rencontre plus de gens alternatifs et des Rockers que des gens en costard et costume.

Le vide dans le melting pot

Le 11ème est un quartier vibrant. C'est ici que Paris est le plus bruyant, le plus coloré, le plus vif – un melting pot dans la ville des lumières. Dans la nuit du 13 novembre, il ne restait plus beaucoup de cette tumulte joyeuse quand des terroristes ont attaqué le Bataclan et quatre autres restaurants et cafés à Paris.

"Je me sens vide", me dit une amie : "Où est-ce qu'on peut encore sortir ?" La question pourrait sembler prétentieuse au regard de l'ampleur des attentats. On pourrait se dire que ce n'est pas le souci le plus important et que l'envie de sortir et de faire la fête devraient s’être atténuée. Mais cette question reflète parfaitement la joie de vivre des habitants de ce quartier. Ceux qui habitent ici aiment sortir ; dans un bar, dans un club ou pour prendre un verre sur une terrasse. Quand on habite dans le 11ème, on accepte des studios de 15m² à des prix exorbitants car la vraie vie se joue dans la rue.

Dans le 11ème arrondissement se situe également la Place de la République. Elle est le symbole de la démocratie en France : Le 14 juillet 1883 , le Monument à la République y fut inauguré : Marianne comme allégorie à la République, fière et courageuse à la fois. La place de la République accueille habituellement des manifestations, des concerts, des célébrations, ou d’autres événements. Depuis les attaques de Charlie Hebdo, elle est aussi devenue un lieu de deuil où des fleurs et des bougies sont déposées. Quand des centaines de milliers de gens sont allés dans la rue, le 11 janvier 2015, pour montrer leur solidarité envers les victimes des attentats terroristes de Charlie Hebdo, ce lieu est devenu un symbole pour la liberté et la démocratie dans le monde entier. C’est en même temps devenu un symbole pour la joie de vivre des Parisiens, qui affrontent le terrorisme aveccourage et détermination.

"Allez la France! Même pas peur"

En juin 2015, la vie normale est rétablie. A la place de la République, la foule danse à l’occasion de la fête de la musique et du festival Oui Fm. Il semble que les Parisiens ne sont pas impressionnés par les attentats. Il semble qu'ils ressortent encore plus forts et avec plus de joie de vivre – tous unis pour la démocratie et la liberté de la presse et contre le terrorisme.

Dix mois après les attentats de Charlie Hebdo, la Place de la République est encore une fois à la une des journaux – et encore une fois en tant que lieu de deuil. Le deuil a changé par rapport au mois de janvier, il est devenu plus silencieux. Quelques personnes montrent des affiches « Allez la France ! Même pas peur » pour montrer au monde entier qu'ils ne se laissent pas intimider et qu'ils ne veulent pas laisser triompher les terroristes. Peut-être aussi pour s'encourager eux-mêmes de ne pas capituler dans ce combat.

Le 15 novembre, vers 18h30, deux jours après les attentats les plus sanglants de l'histoire de la France, on peut entendre un fort éclat dans le 11ème arrondissement de Paris, près de la Place de la République. Paniqués, des milliers de gens courent dans la rue. Il s'agit d’une fausse alarme, mais cet incident est symbolique de la nervosité des Parisiens. "Je préfère rester à la maison", me dit mon amie. La peur a-t-elle gagné finalement ?

Des habitants fiers et courageux

Une chose est sûre : Cela va prendre du temps avant que le onzième arrondissement et la Place de la République retrouvent leur exubérance joyeuse. Les habitants de cet arrondissement se sont rapprochés, qu'importe leurs origines culturelles ou religieuses : ils vont se consoler, s’encourager et déposer encore de nombreuses fleurs et bougies aux endroits de l’horreur. Bientôt, tous les cafés de la rue vont rouvrir leurs portes et leurs terrasses. Les gens vont de nouveau rire et danser. Les ombres tristes que le terrorisme a jetées vont peu à peu s'affaiblir. Le onzième va apprendre à vivre avec ce chapitre noir de son histoire et retrouver le chemin d’ une vie normale, avec de la joie de vivre, de la tolérance et de la solidarité. Les habitants du 11ème sont, comme la Marianne, trop fiers et trop courageux pour capituler et laisser la place au terrorisme.

L'article est publié dans la version originale allemande le 17. novembre par NIMIRUM, une société allemande pour consultations interculturelles ; écrit et traduit par Julia Burmeister et Claire Lochet (trad.).

Bild: Flickr.com/ Corentin Foucaut

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