Blog post -
Hokkaido : Un voyage au cœur du Grand Nord japonais
Hokkaido, la plus septentrionale des îles principales du Japon, a toujours exercé sur moi une véritable fascination. Certes, Sapporo possède une effervescence toute cosmopolite, à l'image du reste du pays. Mais dès qu'on s'aventure hors de la capitale, on y découvre la nature spectaculaire de l'île. C'était d'ailleurs l'objectif de mon voyage : aller au-delà de la ville et explorer la nature sauvage d'Hokkaido.
Dans l’ensemble, mon impression a été tout simplement celle-ci : Hokkaido est différente. Oubliez les temples et les sanctuaires qui dominent l’image qu’on se fait du Japon, car Hokkaido est une terre de pionniers. Son histoire n’est pas celle des empereurs ni des shoguns, mais de ces gens qui ont bâti leur vie sur un territoire accidenté et dont l’histoire évoque davantage l’Ouest américain que Tokyo ou Kyoto. Ce qui m’a vraiment frappé, cependant, c’est le lien profond qui unit les habitants à la nature sauvage et préservée qui les entoure; un lien que les Aïnous, le peuple autochtone de la région, ont entretenu pendant des siècles. Pour eux, les lacs, les montagnes et les forêts ne sont pas de simples paysages ; ils sont sacrés. Et en explorant ces lieux, j’ai commencé à comprendre pourquoi.
Mon itinéraire m'a principalement mené le long de la côte est de l'île, une région où la nature règne en maître. Si les petits trains ruraux qui desservent cette zone possèdent un charme indéniable, la meilleure façon de découvrir cette région d'Hokkaido reste la voiture. Louer un véhicule au Japon est plus facile et abordable qu'on ne le pense, et rien n'égale la sensation de traverser de vastes paysages sans croiser une seule autre voiture.
Après avoir atterri à l'aéroport de Memanbetsu et récupéré mon auto, j'ai pris la route pour la péninsule de Shiretoko. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, la majeure partie de la région est restée largement préservée, et la plupart des excursions nécessitent un guide. Le premier soir, j'ai opté pour un safari nocturne qui m'a permis de découvrir pour la première fois la péninsule. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en montant à bord de notre petit van, mais j'ai été rapidement émerveillé par le nombre d'animaux que notre guide (équipé d'une puissante lampe torche) parvenait à repérer.
Alors que nous roulions dans l'obscurité, nous restions aux aguets, à l'affût des ours bruns, des cerfs d'Ezo, des renards roux et même des hiboux perchés en silence dans les arbres. Par chance, nous n'avons croisé un ours qu'à distance respectable, depuis le haut d'un pont. En revanche, nous avons pu observer tous les autres animaux de près : je venais d'avoir un aperçu idéal de la faune sauvage qui peuple Shiretoko. Et puis, il y avait ce paysage : la lune projetait une lumière argentée sur la chaîne de montagnes de Shiretoko, dont la silhouette se découpait sur les cieux sombres. L'endroit semblait intact, sauvage et vivant – un aspect d'Hokkaido que la plupart des voyageurs ignorent. J'ai passé la nuit au KIKI Shiretoko Natural Resort, un hôtel qui allie confort et décoration intérieure respectueuse de la nature environnante. Outre la source thermale, j'ai particulièrement apprécié son impressionnant buffet, composé exclusivement de produits locaux.
Le lendemain matin, désireux de poursuivre mon exploration, je me suis dirigé vers l'un des sites les plus emblématiques de Shiretoko : les lacs Shiretoko Goko. Ces cinq lacs, entourés d'une forêt primaire, se découvrent aussi bien en solitaire qu'accompagné d'un guide. On peut flâner sur un sentier de 3 km au niveau du sol ou emprunter la passerelle en bois surélevée de 800 m, qui permet d’observer les environs sans risques, même en présence d'ours. En chemin, ouvrez l'œil : des traces de griffes d'ours et des trous de pics témoignent de la présence constante des véritables habitants de Shiretoko.
L'après-midi, j'ai repris la route pour descendre vers le lac Akan, un lieu où la culture aïnoue est encore bien vivante. Plus d'une centaine d'Aïnous vivent dans cette région et beaucoup font connaître leurs traditions dans les musées et les boutiques d'artisanat de leur kotan du lac Akan (« village » en aïnou). Se promener dans le kotan, c'était comme entrer dans un autre monde. J'y ai découvert des rituels traditionnels, des outils du quotidien et de fantastiques objets artisanaux, fabriqués par des familles installées ici depuis des générations. Pour mieux apprécier la nature environnante, je recommande vivement une visite guidée de la forêt. Le guide m'a non seulement parlé de la faune locale avec une précision remarquable, mais il m'a aussi aidé à comprendre pourquoi cette terre est considérée comme sacrée.
Un incontournable ? Les volcans de boue. Ces formations étranges bouillonnent de boue chaude chauffée par des eaux thermales souterraines, qui atteignent parfois 100 °C. Et si vous vous aventurez plus au nord, vous découvrirez le mont Io, un volcan actif qui fume encore et dégage une odeur de soufre. Ces merveilles naturelles ne sont pas de simples curiosités géologiques ; elles sont intimement liées aux légendes aïnoues transmises depuis des siècles.
Pour passer la nuit, j’ai choisi le Tsuruga Akan Yuku no Sato, un complexe thermal japonais traditionnel. Sans surprise, les bains thermaux et les soins proposés au spa ont été le point fort de mon voyage, un moyen idéal de se détendre après une journée d’exploration.
Enfin, je me suis rendu au parc national de Kushiro Shitsugen, qui abrite la plus grande zone marécageuse du Japon. Cet immense espace sauvage se fait sanctuaire pour d’innombrables espèces, dont l’emblématique grue à couronne rouge (tancho), un oiseau menacé devenu symbole d’Hokkaido. Le meilleur moyen de l’explorer ? En canoë. Les marais sont difficiles d'accès à pied, mais pagayer le long des rivières sinueuses offre une vue imprenable sur des paysages que la plupart des gens ne voient jamais. C'était calme, serein, et j'avais l'impression d'avoir pénétré dans un monde mystérieux.
Après plusieurs jours passés à explorer l'est sauvage d'Hokkaido, j'ai décidé de terminer mon voyage à Sapporo pour changer d'ambiance; retrouver le confort d'une métropole a été très agréable. En flânant dans le centre-ville, je me suis retrouvé à explorer la rue commerçante Tanukikoji, l'une des plus anciennes galeries marchandes d'Hokkaido. S'étendant sur près de 900 mètres et abritant environ 200 boutiques, elle est parfaite pour découvrir l'artisanat local, acheter des souvenirs ou simplement profiter de l'atmosphère animée de ses galeries couvertes.
De là, j'ai flâné dans un chikaho, pour reprendre l'expression locale : cet immense espace piétonnier souterrain relie la gare de Sapporo au reste du centre-ville, jusqu'au quartier animé de Susukino. Plus qu'un simple passage, c'est un véritable carrefour culturel : on y trouve des expositions d'art, une offre shopping quasi illimitée et de nombreux bancs où faire une pause. Sachant combien il neige à Sapporo en hiver, on comprend facilement pourquoi les urbanistes ont conçu ce refuge sous terre pour faciliter les déplacements. Toujours en plein centre-ville s’étend l'immense parc Odori qui traverse Sapporo et est réputé pour ses événements saisonniers, comme son beer garden en été et son festival de la neige en hiver.
Pour clore ce voyage en beauté, j'avais envie de vivre une expérience hors du commun, et le restaurant Nouvelle Pousse Okurayama était exactement ce qu'il me fallait. Situé dans le stade historique de saut à ski d'Okurayama, où se sont affrontés des athlètes de renommée mondiale, Nouvelle Pousse allie les techniques culinaires françaises à la finesse de la cuisine japonaise. Chaque plat met à l'honneur les produits de saison d'Hokkaido, des fruits de mer frais au bœuf local de première qualité, préparés de façon à sublimer leurs saveurs brutes. Au-delà de la cuisine, le cadre est spectaculaire : j’y ai admiré la ville illuminée de Sapporo depuis un point de vue privilégié, tout en repensant à mon périple à travers Hokkaido. Que vous vous y rendiez en voiture (à environ 20 minutes du centre de Sapporo) ou en métro et en bus, le détour en vaut vraiment la peine.
Pour ma dernière nuit, j'ai séjourné à l'InterContinental Sapporo, un hôtel de luxe récemment ouvert. Inauguré en octobre 2025, il allie la beauté naturelle d'Hokkaido au confort de la ville – une conclusion parfaite pour ce voyage inoubliable. Que vous soyez amateur de nature et d'activités de plein air, de bien-être (que prodiguent les sources thermales japonaises) ou de gastronomie, Hokkaido saura vous combler. Cette île offre une atmosphère totalement différente du reste du Japon, et il me tarde déjà d’y retourner.